Interview de Pierre Rabhi – L’agro-écologie contre la famine

Pierre Rahbi J’ai rencontré Pierre Rabhi à sa ferme de Montchamp, sur une colline ardéchoise. De tous côtés se déploie un paysage serein de collines couvertes de buis, et de formations calcaires. Pierre Rahbi et sa femme, Michèle, m’ont acceuilli avec gentillesse et douceur puis Pierre a commencé à parler. Tout d’abord de son action humanitaire, puis de l’Humanité.

Pierre a fait son retour à la terre, dans la campagne Ardéchoise, dans les années cinquante. Après quelques années, il est invité à donner des conférences sur l’agriculture, ensuite il part au Burkina Faso aider au développement. Il a fondé plusieurs associations humanitaires, et vient de lancer, à Paris, la Révolution des Colibris. Ce mouvement social et écologique conseille entre autres de consommer local et équitable. Ses projets humanitaires sont aussi en plein essor. L’action humanitaire de Pierre Rabhi sera bientôt présentée dans un documentaire d’Empreintes et un long métrage, intitulé ‘Pierre Rabhi, au nom de la Terre’, qui sortira au printemps.

Pierre Rahbi, comment avez-vous débuté votre action humanitaire?

J’ai refusé cette société dès le départ. Avec Michèle, nous nous sommes rencontrés dans la même entreprise et nous avons décidé de faire un retour à la Terre. En Ardèche, j’ai découvert l’agriculture conventionnelle, puis biologique. Quelques années plus tard, j’ai été invité à donner des conférences sur l’agriculture.

En 1981, je reçois à la maison un africain, burkinabé, envoyé par le CRIAD (centre de relations internationales entre agriculteurs pour le développement).

Il y a une agriculture productive respectueuse de la vie, malheureusement tout ce qu’on leur a enseigné était d’utiliser des engrais chimiques.

Je leur ai montré comment on pouvait faire autrement, comment travailler le sol, comment utiliser le compostage, comment guérir les plantes par les plantes.

Tout le Sahel (c’est-à-dire la bande contenue entre le Sahara au Nord et les forêts au Sud) avait subi une catastrophique sécheresse dans les années soixante-dix. La famine qui s’en suivit n’était pas seulement spectaculaire. Souvent, j’ai surtout observé la malnutrition, des enfants qui ne mangent pas à leur faim, ils mangent si mal et si peu que cela les atteint physiologiquement très fort. Il y a la famine déclarée, où on les voit en train de mourir, et les famines larvées, où il y a de la nourriture qui ne nourrit pas, qui est même nuisible à la vie. C’est un problème énorme, des enfants qui ne reçoivent pas tout ce qui leur est nécessaire en nutriments.

J’y suis allé en 1981, et j’ai enseigné l’agriculture biologique. Je pratique cette agriculture ici et j’utilise mes déchets. Au Sahel, tout le biotope, i.e. le milieu écologique était détruit. Il faillait reboiser, faire un système anti-érosif, faire des travaux qui permettent aux nappes phréatiques d’être réalimentés. Quand l’eau s’en va, elle emporte la Terre, et l’érosion est un problème énorme dans le Tiers-Monde. L’agro-écologie, c’est utiliser l’énergie de la vie, c’est remettre en route un processus originel, en place depuis les débuts de l’agriculture. Le monde moderne a rompu ce lien en amenant des produits toxiques qu’il amène dans le système de production, ce qui fait qu’on porte atteinte aux processus de de la vie.

Au Burkina Faso, j’ai rencontré le président burkinabé, Thomas Sankara, qui m’avait chargé de leur faire des propositions. C’était un homme d’une grande qualité d’âme. Ce qui détruit l’Afrique, c’est la corruption des états africains, ces gens qui utilisent leurs prérogatives à leurs avantages.

Avez-vous pu améliorer l’alimentation des populations du Sahel?

J’ai créé le premier centre de formation à l’agro-écologie. Les paysans n’étaient plus obligés d’acheter des engrais qui empoisonnent le sol, les gens et les nappes phréatiques. Il faut 2,5 tonnes de pétrole pour faire une tonne d’engrais. Les pays pauvres achètent ces engrais trois à quatre fois plus cher que les pays industrialisés. Nos propositions ont très bien fonctionné. Le président du Burkina Faso voyait que l’agro-écologie faisait baisser la facture.

J’ai créé avec des amis l’outil Terre et Humanisme, avec des programmes internationaux assez importants. Avec les Marocains, nous avons fondé Terre et Humanisme Maroc. Cette organisation a pour but la formation, l’agro-écologie, l’expérimentation et la formation des formateurs.

Là, nous sommes en train de créer un fond de dotation pour collecter des fonds et mener des programmes plus importants, à plus d’endroits et à plus grande échelle. Auparavant, nous avons créé la fondation Pierre Rahbi, hébergée par la fondation de France, mais elle met des critères qui ne nous conviennent pas du tout, et nous voulons la quitter.

Je suis en train d’intégrer à notre organisation les Agro-écologistes sans Frontières. Un autre mouvement qui est en train de se structurer, c’est Femmes Semencières. On mobilisera les femmes – parce que je trouve que les semences et les femmes vont ensemble, par la beauté de la chose – pour lutter contre cette disparition des semences traditionnelles. Le patrimoine semencier de ces derniers 10’000 -12’000 ans est en train de disparaître sous nos yeux. Je trouve que les gens ne mesurent pas la gravité de ce problème. L’organisation est en train de se mettre en place avec une femme qui est très déterminée, Claire Chanut, et nous allons donner de l’ampleur à ce mouvement. Quand le fond de dotation aura été créé, tous ces programmes seront soutenus et élargis.

Il a actuellement des tragédies réelles, et il y a ce qui risque d’avenir si nous ne faisons pas ce qu’il faut. Aujourd’hui, un milliard de personnes ne mangent pas à leur faim, trois milliards survivent, et un milliard joue avec la nourriture. Les pays émergents s’inspirent de notre modèle, mais il n’est pas extensible à la planète. Le modèle européen est tellement dispendieux que tout le monde ne pourra pas vivre comme les Européens. Nous avons besoin d’un éveil des consciences.

En savoir plus sur Pierre Rahbi à travers son livre Vers la sobriété heureuse

Interview réalisé par Dorota Retelska (Suisse – Lausanne)

Dorota Retelska

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