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Achille Valery MENGO – Avec la mondialisation, le volontariat confronté à une nouvelle géographie

Le volontariat est une dynamique qui permet à une personne disposant des compétences de se mettre au service d’une cause d’intérêt général, c’est un engagement désintéressé qui au fil du temps est devenu un facteur important de la coopération au développement. En effet on peut recenser des millions de volontaires envoyés dans les pays du Sud depuis les années 1960. Ils sont de plusieurs nationalités car la plupart des pays industrialisés ont mis en place des structures de promotion du volontariat international.

Si durant son premier cinquantenaire d’existence , le volontariat international a été l’expression de la solidarité des peuples du Nord envers ceux du Sud, aujourd’hui, comme tous les autres facteurs de la coopération internationale il fait l’objet d’une réflexion approfondie tant dans les pays d’envoi que dans les pays d’accueil. Avec la mondialisation, la réalité internationale n’est plus la même que dans les années 1960, le volontariat international et toutes ses composantes doit « changer de vêtements » pour s’adapter à l’évolution de la société internationale.
La présente réflexion dans une optique prospectiviste se propose d’étudier le changement de paradigme, sa matérialisation en répondant à quelques questions. Dans le contexte de mondialisation actuel, le volontariat a-t- il toujours sa place dans la sphère des Relations Internationales ? Quelles nouvelles orientations doit-on donner au volontariat aujourd’hui au regard des changements sociétaux enregistrées de part et d’autres ?

I- La place du volontariat international dans le contexte de mondialisation
Nous n’avons pas l’ambition d’interroger ici l’importance originelle du volontariat international car elle est avérée et la littérature sur cet aspect spécifique est abondante. Mais il est intéressant pour nous d’analyser l’utilité de cette dynamique face à des problématiques nouvelles découlant de la mondialisation telles : la revendication de l’interculturalité, la montée en puissance de la contestation pour plus d’égalité dans la coopération internationale (la remise en question de l’aide et de l’appui au développement).

a- Le volontariat et la question de l’interculturalité entre les peuples
En effet, dans un monde qui s’apparente à un village planétaire, la communication entre les peuples occupe une place centrale dans les relations internationales. Si Cette communication a été pendant longtemps entachée par la volonté manifeste d’imposer une vision unique du monde au nom de la mission civilisatrice, elle est aujourd’hui plus ouverte au respect de la différence, à la quête du partage avec l’autre. Dans un tel contexte le volontariat international est un outil important, il favorise les mouvements entre les peuples. Cette dynamique peut contribuer à lever les barrières que les hommes ont instituées dans les esprits par « ignorance ».
A travers les missions de volontariat international, les peuples peuvent communiquer, partager des expériences, les pratiques face à certaines difficultés, le respect des valeurs culturelles des uns et des autres, de leurs conceptions du monde est mis en exergue, la société internationale a l’opportunité de faire un pas qualitatif dans la mise en commun des énergies positives et la consolidation du concept de « village planétaire ».

Les volontaires en mission peuvent être considérés dans ce contexte comme des ambassadeurs culturels qui vont vers l’autre avec leurs compétences pour joindre les efforts et venir à bout de certaines difficultés. Dans ce mouvement ils sont au contact de la réalité culturelle de l’autre et vice versa. Par cette dynamique on assiste réellement à une interconnexion des peuples et c’est enrichissant pour l’humanité qui «  saigne toujours abondamment » à cause du désir manifeste de certains groupes d’imposer une vision, une lecture unique du monde.
L’ouverture à l’autre est aujourd’hui un impératif catégorique pour l’humanité et les peuples ont la responsabilité de se rapprocher les uns des autres. Les Etats ont peut-être des contraintes liées aux intérêts multiples mais l’on ne saurait balayer d’un revers de la main le rôle des hommes. Le volontariat international en tant que dynamique de mobilisation des bonnes volontés, offre des passerelles aux personnes désireuses d’apporter leurs compétences là où le besoin se fait sentir.
Nous partageons de ce fait l’avis de monsieur Dante Monferrer qui dans un article affirme que :
«  Face à la mondialisation des crises, la mondialisation des solidarités doit être à l’agenda des OMD. La citoyenneté doit trouver matière à s’exprimer autour de ces enjeux globaux, en particulier par le canal des échanges humains dont les engagements solidaires à l’international sont un pilier. Nous croyons à une communauté de destin qui se tisse entre les espaces géographiques et au rôle de passeurs joués par les volontaires dans cette construction.1 »

A partir de ce mouvement, l’union, la communion des cultures peut s’exprimer et faire ressortir le génie des hommes face aux situations difficiles. L’interculturalité prônée dans toutes les institutions internationales est entretenue à travers les missions de volontariat et même après le retour du volontaire qui aura appris à mieux connaitre les grilles de lecture des autres peuples, il en sort enrichi de cette cohabitation avec d’autres réalités, d’autres visions de la vie qui au départ n’étaient pas acceptables dans sa représentation du monde.

b- Le volontariat international et la revendication de l’égalité dans la coopération
Depuis plusieurs années un vent de contestation souffle sur la coopération internationale. La façon dont elle est conçue, implémentée, est aujourd’hui contestée par la grande majorité des pays du « Sud ». En effet c’est une coopération qui repose sur une vision unique du monde et les mécanismes qui l’encadrent ne sont pas favorables à une lecture alternative qui tiendrait compte de l’opinion et des intérêts des pays sous développés en général.
Dans un monde qui « se refait 2», le volontariat international est un atout majeur pour maintenir le dialogue entre les peuples, pour raviver cette flamme humaniste que le système capitaliste tend à faire disparaitre des consciences humaines. La méfiance étant devenue la règle face à l’étranger (à cause des manipulations, des théories néocoloniales et autres intérêts stratégiques, … etc.) les rapports entre les hommes sont devenus complexes et difficiles à cerner. Une dynamique qui met ensemble des personnes compétentes de plusieurs horizons face à une situation difficile ne peut être que bénéfique dans le contexte de mondialisation actuel.
Le volontariat international est cet outil de communion face à l’adversité, il éloigne la coopération des sentiers politiques pour réconcilier les hommes, regrouper les compétences et réunir les volontés. Bien qu’il soit déjà cinquantenaire, le volontariat international est une dynamique qui repose sur l’union des cœurs. Lorsqu’un volontaire arrive dans un territoire inconnu, il est tout d’abord réservé mais après quelques temps les cœurs se rapprochent, s’éprouvent, et finissent par s’approuver. Ce phénomène surnaturel relève des mystères de la nature humaine. Parvenus en fin de mission les acteurs d’une mission de volontariat ne se considèrent plus par la couleur de la peau, mais plutôt par les sentiments partagés tout au long des activités.

Ces phénomènes constituent la richesse du volontariat international parce qu’ils démontrent que dans un contexte d’antagonisme, de revendication, tout n’est pas « mauvais », il est possible de marcher ensemble, de faire face aux difficultés sans regarder les intérêts stratégiques qui sont responsables des divisions entre les peuples. Le volontariat international permet de voir autre chose que les injustices des accords internationaux dans le domaine du commerce, de la politique internationale, …etc ; il permet d’emprunter une autre voie dans les Relations Internationales, celle du langage des « Hommes » et non des intérêts et autres enjeux géopolitiques, géostratégiques …
Si aujourd’hui les peuples du Sud remettent en cause l’implémentation de la coopération internationale, c’est parce qu’elle ne permet pas réellement le brassage culturel, cette coopération maintient certains peuples dans l’idée d’une mission de civilisation, dans l’idée d’apporter le développement, ce qui n’est plus acceptable, d’où la rupture constatée depuis quelques années. Par le volontariat international, la communication demeure et parce qu’elle s’effectue entre les hommes, elle permet de renouer ces liens affaiblis par le capitalisme, les hommes peuvent réfléchir ensemble, joindre leurs connaissances pour améliorer des situations ponctuelles dans tous les points du monde.
Le volontariat international a encore une place primordiale dans le dialogue des peuples mais il est important de lui donner de nouvelles orientations pour qu’il suive l’évolution du temps, pour qu’il ne reste pas en arrière pendant que les hommes avancent.

II- Les orientations nouvelles à apporter au volontariat international

Le volontariat international est une des dynamiques les plus appréciables dans les relations internationales, depuis cinquante ans il a permis à des millions de personnes de mener un front commun face à certains problèmes rencontrés de part et d’autre du globe. En effet, des millions de volontaires internationaux arrivent chaque années dans les pays du Sud et sont impliqués dans des projets et autres activités de développement mais un problème demeure : la majorité ont l’idée « d’apporter le développement ». Beaucoup d’entre eux abordent les réalités locales du pays d’accueil sous un angle critique du point de vue de la culture occidentale, c’est ainsi que l’attention va être attirée par tout ce qui est contraire à la logique occidentale et ce phénomène est une des raisons de l’échec des missions dans certains contextes. Cet aspect de la mission de volontariat devrait être étudié en profondeur parce que c’est un des critères qui participent à maintenir le volontariat international dans les anciens clichés de la coopération internationale.

a- Reconstruire l’idéologie du volontariat (plus de partage que d’aide)

Si dans les années 1960 des missions de volontariat ont été organisées dans la logique d’aider les pays du Sud à se développer, ce paradigme du volontariat international n’est plus valable dans la société contemporaine. Le monde a évolué et les hommes aussi, les sociétés ne s’évaluent plus à l’aune de la pensée occidentale, d’ailleurs le concept de développement lui même a beaucoup évolué et n’obéit plus au modèle de pensée unique des années 1960.
De ce fait, il est judicieux de déconstruire cette logique qui maintient le volontariat international dans le sillage de « l’aide » pour entrer effectivement dans une logique de « partage », de jumelage des compétences, dans un idéal de construction d’un monde plus égalitaire, plus équitable.
C’est une orientation nouvelle qui nécessite un travail de fond dans le processus de préparation des volontaires au départ de la mission, il est fondamental pour pouvoir « décomplexer » le volontariat international. Si nous voulons inscrire cette dynamique internationale dans une logique d’échange, il faut la dépouiller de tout ce qui s’assimile à un complexe de supériorité chez les volontaires internationaux. C’est là un aspect très sensible qui peut réveiller la susceptibilité chez certains acteurs mais l’honnêteté intellectuelle exige de poser les vrais problèmes, d’en rechercher des solutions ensemble pour avoir une dynamique de volontariat internationale qui nous convienne à tous.

Partager les difficultés, jumeler les compétences pour venir à bout de certaines situations est totalement différent d’attendre de l’aide. Malheureusement dans les consciences tant des structures d’envoi que des structures d’accueil le partage est surtout théorique. Les organisations de la société civile au Sud accueillent des volontaires parce qu’ils sont sensés disposés d’une expertise avérée et les structures d’envoi s’investissent pour prendre part au « jeu de la solidarité internationale3 ».
Il est temps de sortir de la logique frustrante « d’aide » pour entrer dans celle du « partage », partage des compétences face aux difficultés et contraintes, partage des savoirs parce que nous avons tous la responsabilité de préserver l’humanité et son environnement. Chaque peuple a développer des méthodes et techniques de développement selon son contexte, le volontariat international serait réellement enrichissant aujourd’hui s’il permettait de valoriser tous ces savoirs faire. Il serait adapté à l’évolution du monde s’il permettait à deux ingénieurs d’horizons différents de jumeler leurs idées par rapport à une situation données.
Cela implique un changement du discours idéologique qui encadre le volontariat international. Les Nations Unies l’ont très bien compris et la structure onusienne en charge des questions de volontariat international (VNU) est une plateforme qui permet à toute personne, sans distinction aucune de partager son expertise avec d’autres dans le cadre d’un projet de développement. Le volontariat mis en œuvre dans le cadre de la coopération bilatérale devrait s’arrimer à cette orientation nouvelle qui matérialise non seulement la solidarité mais qui valorise surtout les savoirs faire de différentes parties du globe.

Les pays occidentaux dont les structures de promotion du volontariat international sont réparties à travers le monde devraient opérer ce réajustement stratégique pour s’adapter à la mutation en cours au sein des Relations Internationales, la notion d’équité dans les partenariats étant impérative aujourd’hui, un travail doit être fait pour inscrire effectivement les missions de volontariat international dans une logique de partage des compétences.
Techniquement cela se résume à prendre des initiatives diverses.

b- Accentuer le plaidoyer pour des politiques de volontariat au Sud
Si en occident le concept de volontariat est inclu dans les politiques de jeunesse, d’aide à la mobilité et de coopération internationale, il faut reconnaitre que ce n’est pas encore le cas dans beaucoup de pays d’accueil des volontaires internationaux, notamment les pays africains qui ont du retard quant à l’institutionnalisation du volontariat et son introduction dans les stratégies de développement. C’est un des obstacles à la valorisation du partage des compétences parce que dans ces pays nous pouvons déplorer un nombre peu élevé de volontaires nationaux. Le volontariat international y est encore considéré péjorativement comme « l’affaire des occidentaux ».
Des débats et autres échanges sont organisés tant par les Etats, que par les organisations de la société civile en Afrique mais il faut reconnaitre que la question du volontariat n’est pas abordée de manière efficace, le peu de structure de volontariat national et les orientations données aux quelques unes qui ont été mises en place le démontre aisément. Les structures de promotion du volontariat international telle France Volontaires, peace corps, VSO et autres devraient accentuer le plaidoyer sur les enjeux du volontariat pour le développement. C’est un impératif pour la survie du volontariat international qui ne saurait garder le même visage.

L’incompréhension et le recul que manifestent certaines personnes face au volontariat international se justifient par le fait qu’il est demeuré depuis plus de 50 ans un secteur d’activité réservé aux occidentaux. C’est d’ailleurs un facteur de blocage pour ce modèle de coopération. Il est de ce fait judicieux pour les partenaires étrangers de contribuer à la promotion, à la multiplication des initiatives de volontariat local. C’est un enjeu important parce qu’il est question aujourd’hui d’un échange de compétence, les volontaires internationaux seraient plus à l’aise face à leurs homologues locaux.
Nous sommes convaincus qu’une évolution de cet ordre va considérablement changer les perceptions des uns et des autres, les techniques de travail pourront également effectuer un saut qualitatif.

Des initiatives dans ce sens sont en cours au sein de l’espace volontariat de France Volontaires au Cameroun où un réseau des acteurs du volontariat de solidarité international (RAVSI) a été mis en place pour réunir toutes les volontés locales impliquées dans les questions de volontariat au Cameroun. C’est une démarche à multiplier parce qu’elle permet l’émergence d’une dynamique de volontariat national. Un tel réseau va permettre de mobiliser les consciences autour des enjeux du volontariat pour le développement, le dialogue entre acteurs locaux favorise la réflexion sur les rapports et autres orientations à donner à la coopération internationale dans le cadre du volontariat. Sur ce point l’initiative de France Volontaires à encourager.

Le travail de déconstruction de l’opinion qui tend à donner une place au volontariat international dans la grande famille des outils et instruments du néocolonialisme doit s’accompagner de la promotion, de l’implication effective pour l’émergence des dynamiques de volontariat national au sein des pays d’accueil. C’est cette démarche d’appui au volontariat local qui déterminera le type de communication entre les peuples dans le domaine spécifique du volontariat international.
Le volontariat international pour être efficace doit reposer d’une part sur la dynamique des pays d’envoi mais également sur celle des pays d’accueil, jusqu’ici il n’est pas abusif de dire que le volontariat « moderne » est encore le parent faible des sociétés africaines par exemple. Il appartient de ce fait aux acteurs internationaux de contribuer effectivement à l’édification des dispositifs locaux efficients. C’est cet engagement qui peut garantir l’équilibre partenarial nécessaire pour la conduite du volontariat international aujourd’hui.
Il est important pour les structures de promotion du volontariat international conscientes de l’évolution des peuples, des réalités historiques entre les pays dits du Nord et ceux du Sud, de se questionner sur la place que les peuples africains par exemple sont disposés à leur donner, quel est le modèle de volontariat qui permettrait à toutes les parties de construire un monde convenable pour tous ? C’est un questionnement auquel la présente réflexion ne saurait répondre intégralement, nous voulons ici jeter quelques bases de réflexion alternatives sur le positionnement du volontariat international dans le vaste champ de la coopération internationale.

Achille Valery MENGO

Orientations bibliographiques
GRIFFON. M et GRIFFON.F, pour un monde viable, changement global et viabilité planetaire, edition Odile Jacob, Paris.

Nancy THEDE , le virage de l’aide publique au développement : quelles conséquences pour la solidarité, Revue vie économique, volume 5, Nunéro 1 .

Vincent DALONNEAU, volontourisme ou tourisme humanitaire : quand allons nous penser aux autres, décembre 2011.

Louis FAVREAU et Ernesto MOLINA, mise en perspective de la solidarité internationale depuis 2000, Revue économique, volume 5, numéro 1.

Dante MONFERRER, IVCO 2013, « les volontaires au cœur de la mondialisation des solidarités », le Huffington Post, numéro du 04 novembre 2013.

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